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Distribution des films tchĂšques et slovaques en France

Distribution des films tchĂšques et slovaques en France

Distribution des films tchĂšques et slovaques en France

Pour Klåra, le nouveau film du réalisateur Olmo Omerzu.

Le rĂ©alisateur slovĂšne Olmo Omerzu compte parmi les figures marquantes du cinĂ©ma europĂ©en contemporain. Dans ses films, il revient sans cesse sur les thĂšmes de la famille, de l’adolescence et des tensions cachĂ©es qui façonnent les relations humaines.

Son dernier film, distribué en France par Epicentre Films, explore le thÚme de la « famille divisée » non seulement sur le plan émotionnel, mais aussi sur le plan linguistique.

Pour Klåra, le nouveau film du réalisateur Olmo Omerzu.

C’est un cinĂ©aste que nous suivons depuis plusieurs annĂ©es, et dont le travail occupe aujourd’hui une place trĂšs singuliĂšre dans le paysage du cinĂ©ma d’Europe centrale. Son nouveau film a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© en compĂ©tition officielle au San Sebastian International Film Festival, oĂč il concourait pour le Golden Shell, l’un des prix les plus prestigieux du festival.

Olmo Omerzu est un rĂ©alisateur nĂ© Ă  Ljubljana, en SlovĂ©nie, mais il appartient en grande partie au cinĂ©ma tchĂšque. Il a Ă©tudiĂ© Ă  la cĂ©lĂšbre Ă©cole de cinĂ©ma FAMU Ă  Prague, qui a formĂ© plusieurs gĂ©nĂ©rations de cinĂ©astes d’Europe centrale et oĂč sont passĂ©s notamment des auteurs de la Nouvelle Vague tchĂ©coslovaque.

Son premier long mĂ©trage, A Night Too Young, Ă©tait Ă  l’origine son film de fin d’études. Il a Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ© au Berlin International Film Festival, dans la section Forum, ce qui est dĂ©jĂ  une reconnaissance importante pour un premier film.
Ce film racontait l’histoire de deux adolescents confrontĂ©s pour la premiĂšre fois au monde des adultes. On y trouvait dĂ©jĂ  plusieurs thĂšmes qui traversent toute l’Ɠuvre d’Omerzu : la fragilitĂ© de l’adolescence, la confusion morale, les jeux de pouvoir dans les relations humaines.
Son deuxiĂšme film, Family Film, a confirmĂ© son talent et attirĂ© l’attention de nombreux festivals internationaux, notamment San Sebastian International Film Festival et plusieurs autres rendez-vous du cinĂ©ma europĂ©en.

C’est un film qui explore la crise d’une famille bourgeoise lorsque les parents partent en vacances en laissant leurs enfants seuls Ă  la maison. Une situation apparemment banale qui va progressivement rĂ©vĂ©ler les tensions profondes et les fragilitĂ©s des relations familiales.
Ce qui est particuliĂšrement intĂ©ressant dans ce film, c’est la maniĂšre dont Omerzu observe les comportements humains avec une certaine distance, presque clinique. Il filme les personnages comme s’il Ă©tudiait un Ă©cosystĂšme familial : chacun agit, ment, se protĂšge, se transforme, et l’équilibre fragile de la famille se dĂ©rĂšgle peu Ă  peu.
Quelques années plus tard, il réalise Winter Flies, qui sera présenté au Karlovy Vary International Film Festival et qui y remportera le prix de la mise en scÚne.
Ce film est un road-movie adolescent plein d’énergie et de libertĂ©, qui suit deux garçons en fuite Ă  travers les paysages de l’Europe centrale. Il a ensuite reçu plusieurs Czech Lion Awards, ce qui confirme la place d’Omerzu parmi les rĂ©alisateurs les plus intĂ©ressants de sa gĂ©nĂ©ration.
En 2021, il prĂ©sente Bird Atlas, un film plus sombre, presque satirique, qui s’intĂ©resse cette fois au monde de l’entreprise et aux relations de pouvoir dans la sphĂšre Ă©conomique. LĂ  encore, il utilise un cadre trĂšs prĂ©cis pour explorer les mĂ©canismes humains : la manipulation, l’ambition, les illusions que les personnages se racontent pour survivre.
Ce qui relie tous ces films, c’est la maniĂšre dont Olmo Omerzu observe les relations humaines. Son cinĂ©ma parle souvent de familles, de groupes, de micro-sociĂ©tĂ©s. Il s’intĂ©resse Ă  ce qui se passe derriĂšre les apparences : les non-dits, les petites manipulations quotidiennes, les mensonges que l’on raconte aux autres mais aussi Ă  soi-mĂȘme.

Et c’est prĂ©cisĂ©ment lĂ  que se situe le cƓur du film que vous allez voir ce soir.

Dans Pour KlĂĄra, Omerzu raconte l’histoire d’une famille brisĂ©e : un pĂšre rĂ©cemment sĂ©parĂ© part en vacances avec ses deux enfants. Au dĂ©but, tout semble presque idyllique. Le pĂšre envoie des photos Ă  son ex-femme pour lui montrer combien tout va bien, combien les enfants sont heureux.
Mais trÚs vite, on comprend que cette image de bonheur est en partie fabriquée.
Le rĂ©alisateur explique lui-mĂȘme que le moteur dramatique du film repose sur de petits mensonges, apparemment insignifiants. Ces mensonges sont d’abord anodins – des « mensonges blancs » que l’on utilise pour Ă©viter les conflits ou pour rassurer les autres. Mais progressivement, ces mensonges deviennent plus lourds, plus sombres, et la situation glisse vers un jeu de manipulation oĂč chacun tente de protĂ©ger ou de sauver l’autre.
Au centre du film se trouve la relation entre les parents et leur fille adolescente KlĂĄra, qui souffre de troubles alimentaires. Les parents sont prĂȘts Ă  tout pour la protĂ©ger, mais la question que pose le film est justement celle-ci : jusqu’oĂč peut-on aller pour sauver quelqu’un qu’on aime ?
C’est un film qui met les personnages face Ă  des dilemmes moraux trĂšs complexes. Le rĂ©alisateur lui-mĂȘme explique qu’il ne cherche pas Ă  juger ses personnages. Il ne dit pas s’ils ont raison ou tort. Ce qui l’intĂ©resse, c’est le moment oĂč les personnages prennent une dĂ©cision parce qu’ils ne savent plus ce qui est juste.
Le film joue aussi sur un mĂ©lange trĂšs particulier de tonalitĂ©s. Il y a des moments dramatiques, mais aussi une forme d’ironie, parfois mĂȘme un humour un peu inconfortable. Omerzu dit souvent que le rire et le malaise sont trĂšs proches : parfois on rit simplement parce qu’une situation devient trop Ă©trange ou trop dĂ©rangeante.
Un autre élément intéressant du film est son caractÚre profondément européen. La production réunit des partenaires de plusieurs pays : la République tchÚque, la Slovénie, la Pologne, la Slovaquie, la Croatie et la France.
Pour Omerzu, cette dimension internationale n’est pas seulement une question de financement : elle reflĂšte aussi la rĂ©alitĂ© d’un cinĂ©ma europĂ©en contemporain, oĂč les histoires, les langues et les cultures se croisent.
Dans ce film, la famille elle-mĂȘme est bilingue, ce qui crĂ©e une distance supplĂ©mentaire entre les personnages. Ils vivent ensemble mais parlent parfois des langues diffĂ©rentes, ce qui renforce ce sentiment d’étrangetĂ© au sein mĂȘme de la famille.

Au fond, Pour KlĂĄra est un film sur les relations familiales, mais aussi sur la difficultĂ© de vraiment connaĂźtre les autres, mĂȘme ceux qui nous sont les plus proches.
Les parents pensent connaĂźtre leurs enfants. Les enfants pensent comprendre leurs parents. Mais le film nous rappelle que cette connaissance reste toujours partielle, fragile, et parfois illusoire.

C’est un cinĂ©ma trĂšs subtil, souvent dĂ©rangeant, mais profondĂ©ment humain, qui nous oblige Ă  regarder les situations sous plusieurs angles.

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📍🎬 Entretien avec le rĂ©alisateur Olmo Omerzu pour le Festival Czech-In

À l’occasion de la sortie de son nouveau film en France, nous avons rencontrĂ© le rĂ©alisateur Olmo Omerzu, l’une des voix les plus marquantes du cinĂ©ma d’Europe centrale contemporain. Nous avons parlĂ© du multilinguisme, des relations familiales, des coproductions et des raisons pour lesquelles la France est pour lui un espace cinĂ©matographique si important.

  • Multilinguisme et famille divisĂ©e

Question : Le thĂšme du multilinguisme est trĂšs prĂ©sent dans votre film – les parents parlent une autre langue que les enfants. Qu’est-ce qui vous a inspirĂ© cela ?

Olmo Omerzu :

Je n’ai pas moi-mĂȘme vĂ©cu cette expĂ©rience personnelle, mais pour les personnes qui la vivent, c’est tout Ă  fait authentique. J’étais fascinĂ© par l’idĂ©e d’une famille « brisĂ©e » non seulement sur le plan relationnel, mais aussi sur le plan linguistique.

Je connais beaucoup de gens qui vivent entre plusieurs langues et cultures, mais leurs histoires apparaissent rarement au cinĂ©ma. Je m’intĂ©resse Ă  la maniĂšre dont la langue influence les relations – comment elle peut rapprocher les gens, mais aussi les sĂ©parer. Et surtout comment elle façonne l’identitĂ©, ce qui est encore plus sensible chez les enfants.

J’ai effectuĂ© diverses recherches pour voir s’il existait des rĂšgles prĂ©cisant quand les enfants utilisent la langue de leur mĂšre et quand celle de leur pĂšre. Il s’est avĂ©rĂ© que c’était trĂšs intuitif. Les enfants adoptent la langue de leur environnement – l’école, leurs camarades.

Ce qui m’a intĂ©ressĂ©, c’est que chaque membre de la famille est en fait enfermĂ© dans sa propre langue. La langue devient alors un outil de proximitĂ©, mais aussi de manipulation. Par exemple, quand le pĂšre parle tchĂšque, il essaie de se rapprocher des enfants – tandis que l’anglais crĂ©e une distance.

Et en mĂȘme temps, c’est un sujet trĂšs actuel aujourd’hui – beaucoup de gens vivent dans des communautĂ©s d’expatriĂ©s, mais cela apparaĂźt assez peu au cinĂ©ma.

  • La coproduction et le contexte europĂ©en

Question : Le film est nĂ© d’une coproduction internationale. À quel point a-t-il Ă©tĂ© difficile de la mettre sur pied, notamment avec la France ?

Olmo Omerzu :

En Europe, la coproduction est aujourd’hui pratiquement le seul moyen de financer des films d’auteur. Mais je n’y pense pas dĂšs l’écriture – le scĂ©nario vient d’abord, puis on cherche des partenaires.

Je travaille souvent avec les mĂȘmes personnes, ce qui permet de crĂ©er des relations durables. C’est important pour moi.

Le systĂšme français est extrĂȘmement sĂ©lectif. Nous n’avons obtenu le soutien qu’au moment oĂč la premiĂšre version du film existait. C’était une pĂ©riode assez dĂ©licate, mais en mĂȘme temps une grande confirmation que le film fonctionnait.

Le seul inconvĂ©nient des coproductions, c’est le temps : tout prend plus de temps qu’on ne le souhaiterait.

  • Le casting et le travail avec les acteurs

Question : Comment s’est dĂ©roulĂ© le casting, notamment pour les rĂŽles principaux d’enfants et la distribution internationale ?

Olmo Omerzu :

Le casting s’est fait assez naturellement. J’ai par exemple rencontrĂ© l’acteur irlandais Barry Ward au festival de Karlovy Vary, oĂč nous Ă©tions tous deux membres du jury. Il avait vu mes films, j’avais vu son travail – et la collaboration s’est faite assez spontanĂ©ment.

Barbora BobulovĂĄ travaille depuis longtemps en Italie et j’ai toujours admirĂ© sa carriĂšre. J’étais ravi que le scĂ©nario l’ait intĂ©ressĂ©e. Timon Ć turbej joue Ă©galement un rĂŽle important.

Le travail avec les jeunes acteurs – Dexter Franc et AntonĂ­n Chmela – a Ă©tĂ© trĂšs important. Nous avons travaillĂ© plusieurs semaines uniquement avec eux, avant mĂȘme qu’ils ne rencontrent les autres acteurs. Notre objectif Ă©tait de crĂ©er un environnement sĂ©curisant et de ne pas les mettre tout de suite en contact avec les « stars ».

En mĂȘme temps, il Ă©tait essentiel pour nous que le personnage de KlĂĄra ne soit pas incarnĂ© par quelqu’un ayant une expĂ©rience rĂ©elle de l’anorexie – nous ne voulions pas que le tournage laisse des sĂ©quelles. EliĆĄka KƙenkovĂĄ, qui a jouĂ© le rĂŽle de coach d’acteurs, nous a Ă©tĂ© d’un grand soutien pendant la prĂ©paration.

  • La FAMU et l’« Ă©cole de Prague »

Question : En tant que SlovĂšne d’origine, vous sentez-vous appartenir Ă  la tradition de la « Ă©cole de Prague » des rĂ©alisateurs yougoslaves issus de la FAMU ?

Olmo Omerzu :

HonnĂȘtement, plutĂŽt non. Ces vagues historiques – la nouvelle vague yougoslave ou tchĂšque – sont des pĂ©riodes trĂšs spĂ©cifiques. Aujourd’hui, il n’y a plus d’esthĂ©tique unifiĂ©e ni de courant commun.

Bien sĂ»r, j’ai un grand respect pour des auteurs comme Rajko Grlić, Emir Kusturica, Goran Paskaljević ou Srđan Karanović, qui ont Ă©tudiĂ© Ă  la FAMU.

Mais pour moi, c’est plutĂŽt la nouvelle vague tchĂ©coslovaque qui a Ă©tĂ© dĂ©terminante – par exemple Věra ChytilovĂĄ ou Jan Němec. C’est aussi grĂące Ă  eux que j’ai dĂ©cidĂ© d’aller Ă©tudier Ă  Prague.

La gĂ©nĂ©ration d’aujourd’hui fonctionne diffĂ©remment – ce sont plutĂŽt des voix individuelles, trĂšs personnelles.

  • Inspiration

Question : Quels réalisateurs vous ont le plus inspiré ?

Olmo Omerzu :

J’ai surtout grandi avec les rĂ©alisateurs français. Maurice Pialat, Arnaud Desplechin ou Jean Eustache ont Ă©tĂ© dĂ©terminants pour moi.

Je me sens Ă©galement proche de Terence Davies et John Cassavetes est une grande source d’inspiration pour moi.

Ce qui me fascine chez ces auteurs, c’est leur travail sur l’intimitĂ©, les Ă©motions et les personnages dans leur quotidien. Ce sont des films qui semblent trĂšs personnels, parfois mĂȘme bruts, mais qui restent en mĂȘme temps profondĂ©ment humains.

  • La France, un marchĂ© clĂ©

Question : Que représente pour vous la distribution française ?

Olmo Omerzu :

Le film a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© en avant-premiĂšre Ă  Saint-SĂ©bastien, mais sa distribution ne commence en rĂ©alitĂ© que maintenant. Il sort Ă©galement en salles en RĂ©publique tchĂšque en mĂȘme temps, nous n’avons donc pas encore beaucoup de rĂ©actions – nous sommes impatients de les dĂ©couvrir.

La France est tout Ă  fait exceptionnelle dans le paysage cinĂ©matographique europĂ©en. Elle possĂšde une forte tradition de cinĂ©ma d’auteur, un rĂ©seau dense de salles de cinĂ©ma et un public habituĂ© Ă  ce type de films.

Pour un rĂ©alisateur, c’est extrĂȘmement prĂ©cieux de pouvoir dialoguer avec le public – et en France, ce dialogue existe vraiment.

  • Accueil et autorĂ©flexion

Question : Comment percevez-vous les réactions du public et de la critique ?

Olmo Omerzu :

Pour moi, c’est une forme d’autorĂ©flexion. Il ne s’agit pas tant de savoir si le film plaĂźt ou non, mais de la maniĂšre dont les gens l’interprĂštent.

Chaque pays apporte un regard diffĂ©rent. Et Ă  partir de ces rĂ©actions, je me construis peu Ă  peu une image qui m’aide Ă  rĂ©flĂ©chir Ă  mes prochains films.

  • ThĂšmes rĂ©currents : la famille et l’adolescence

Question : Vos films se concentrent souvent sur l’adolescence et les relations familiales. Pourquoi ce thùme en particulier – et comment le motif de la manipulation s’y inscrit-il ?

Olmo Omerzu :

La famille est pour moi le « laboratoire » le plus intĂ©ressant. C’est le lieu oĂč les gens sont le plus proches les uns des autres – et oĂč, en mĂȘme temps, les tensions, les non-dits et les diffĂ©rents schĂ©mas de comportement se manifestent le plus.

Je m’intĂ©resse aussi Ă  la relation entre libertĂ© et angoisse. La libertĂ© n’est pas seulement positive, elle peut aussi ĂȘtre fragile et inquiĂ©tante.

La manipulation est un thĂšme que l’on voit partout aujourd’hui – mais je me suis intĂ©ressĂ© Ă  la façon dont elle fonctionne Ă  petite Ă©chelle. Comment, Ă  partir de petites situations quotidiennes, quelque chose de bien plus fondamental peut progressivement Ă©merger.

La famille est en ce sens un microcosme – elle permet de reflĂ©ter l’image de la sociĂ©tĂ© dans son ensemble.

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